Côte d'Ivoire

Le cas de la « communauté mine » Similimi
Similimi est un village de la sous-préfecture de Bondoukou, à environ 430 km d’Abidjan en République de Côte d’Ivoire, perché sur une colline et entouré de montagnes avec une végétation abondante.

Dans ce village, cohabitent deux communautés (Abron et Koulango). Ce village est délaissé et ignoré par les autorités ivoiriennes. En effet, Il n’y existe pas de centre de santé, les habitants pour se soigner doivent parcourir environ 4 kilomètres sur une route non bitumée pour aller au centre de santé de Sapli. L’école du village construite par les habitants est en bois précaire et comprends 3 salles de classes avec le sol en argile et des trous dans le plafond qui laissent entrer la pluie pendant l’hivernage. Les deux enseignants sont payés par les habitants et non par l’Etat. Le village ne dispose pas de robinets, de fontaines d’eau et d’électricité. Les habitants utilisent l’eau de la rivière pour leurs besoins quotidiens qui se trouve en bas de la colline. Les femmes et les enfants sont forcées de descendre la pente glissante de la colline pour puiser de l’eau et remonter la pente. Ce qui est difficile et dangereux pour ceux qui n’y sont pas habitués.

Cette vie paisible a été négativement chamboulée par l’arrivée de la compagnie Bondoukou Manganèse. L’exploitation du Manganèse à Similimi aurait dû normalement avoir des impacts positifs sur le développement de la vie des habitants de Similimi. Cependant, loin d’y apporter le développement (pas une seule école construite par la compagnie, pas de source d’eau potable, pas d’électricité, pas de route bitumée, pas de centre de santé), l’exploitation minière a détruit l’environnement sain et paisible de Similimi. La société a creusé des puits d’extraction à moins de 200 mètres de l’entrée du village, et d’autres excavations et installations aux alentours des zones résidentielles et agricoles de Similimi. A Similimi, la mine de manganèse se trouve désormais à moins de 100 mètres à vol d’oiseau du village, mettant en danger tout le village, qui se trouve en fait être envahi par la mine. En outre, le village se trouve être dans le permis d’exploitation de Bondoukou Manganèse. Les impacts de l’exploitation du Manganèse sur l’eau, l’air ont gravement perturbé la vie familiale et privée des habitants et leur santé. Ce qui nécessite une relocation immédiate du village. La compagnie les a privés de leur source de revenus économique car elle a pris possession et détruit leurs plantations sans une préalable et juste compensation et a détruit la « Colline Sacrée » où la population pratiquait des rites. Et cela en complicité avec les autorités locales de Boundoukou.

Malgré les nombreuses plaintes des habitants de Similimi auprès des autorités ivoiriennes compétentes, aucune action n’a été prise pour protéger les habitants de Similimi contre les impacts négatifs de l’exploitation du Manganèse.

C’est conscient de cet état de fait et en vue de défendre les intérêts et les droits des habitants de Similimi, que Advocates for Community Alternatives (ACA) avec le Groupe de Recherche et de Plaidoyer sur les Industries Extractives (GRPIE), se sont associés pour apporter une assistance aux habitants de Similimi. Cette assistance se traduit à travers plusieurs actions :

1. Sensibilisation
• Organisation plusieurs réunions avec les habitants de Similimi pour les sensibiliser sur leurs droits et les actions qu’ils peuvent entreprendre pour faire face aux enjeux de l’exploitation minière. Ces réunions ont été des espaces de discussion et d’échange sur les enjeux de la réinstallation, sur les stratégies de négociations et de défense de leurs intérêts.
• Organisation de voyage d’échange d’interaction et de partage d’expérience avec d’autres communautés qui ont été affectées par les opérations minières et qui sont passés par le processus de la réinstallation

2. Plaidoyer
• Des actions de plaidoyer et de lobbying auprès des autorités ivoiriennes sur la nécessité de la réinstallation de Similimi.
• Des actions de plaidoyer à l’international pour alerter sur les dangers et les souffrances de Similimi
• Des ateliers d’échange et de formation avec les autorités administratives sur les impacts des opérations de Bondoukou sur la vie des habitants de Similimi, les normes nationales et internationales sur la réinstallation, et les enjeux qui y sont liés

3. Stratégie juridique et judiciaire
• Des missions d’investigation et de documentation qui ont permis la collecte de témoignages, de preuves pour mener des actions en justice au niveau national contre la compagnie Bondoukou Manganèse et au niveau de la Cour de Justice de la CEDEAO contre l’Etat de Côte d’Ivoire
• Collaboration avec le Cabinet d’Avocat SCPA les OSCARS en Côte d’Ivoire pour fournir une assistance gratuite à la communauté de Similimi et la représenter devant les instances nationales et régionales

The Case of the mining community of Similimi

Similimi is a village in the Sub-District of Bondoukou, about 430 km from Abidjan in the Republic of Côte d’Ivoire, perched on a hill and surrounded by lushly vegetated mountains.

Two ethnic communities co-exist in Similimi – the Abron and the Koulango – but the village is neglected by the Ivoirian government.  There is no health clinic, and the residents must travel about an unpaved road to access health facilities in Sapli, about 4 km away.  The village school, which was built by the residents themselves, is a three-room, rickety wooden structure with an earthen floor and holes in the ceiling that leak during the rainy season. The two teachers are paid by the villagers and not by the State.  Similimi has no water taps, public water sources, or electricity.  The residents take water from the river at the base of the hill for their daily needs.  Women and children have to descend the slippery slope to draw water and then climb back up again – a difficult and dangerous activity for those who are not accustomed to it.

The tranquil life of the people of Similimi has been turned upside down by a mining company, Bondoukou Managese.  The extraction of manganese at Similimi should have brought development and positive impacts to the community.  But Similimi has seen no development – not a single school, source of drinkable water, watt of electrical generation, paved road, or health clinic.  Instead, mineral extraction has destroyed the natural environment and shattered the peace of Similimi.  The company has dug pits less than 200 meters from the entrance to the village and carved holes around the residential areas and agricultural fields of the community.  The primary extraction site is less than 100 meters from the village, endangering the inhabitants, whose lives have been invaded by the mine. The extraction of manganese has polluted their air and water and robbed them of their health, land, and means of income without prior and just compensation.  The company has also destroyed the sacred hill where the residents previously conducted traditional practices.  In light of all this, the community needs to be relocated immediately.

Although the residents have complained to the authorities many times, no action has been taken to protect them from the negative impacts of manganese extraction.  In order to defend their interests and secure a remedy for the human rights violations they have suffered, ACA and its Ivoirian partner, Groupe de Recherche et de Plaidoyer sur les Industries Extractives (GRPIE), have teamed up with local lawyers to support the people of Similimi with the following:

  1. Awareness Raising
  • Organizing several meetings with the people of Similimi to help them understand their rights and the strategic actions they can take to address the risks of mining and defend their interests.
  • Organizing a learning exchange to share experiences with other communities that have been affected by mining and been through the process of relocation.
  1. Advocacy
  • Advocating and lobbying Ivoirian authorities about the need to relocate the community.
  • Creating pressure at the international level on the dangers and suffering faced by the people of Similimi.
  • Organizing workshops to train and exchange views with administrative authorities about the impacts of the mining operations on the lives of the Similimi residents, national and international standards on relocation, and the associated risks.
  1. Legal strategy
  • Conducting missions to investigate, document, and collect testimony and evidence necessary for legal action at the national level against Bondoukou Manganèse and at the ECOWAS Court of Justice against the government of Côte d’Ivoire
  • Collaboration with the law firm SCPA les OSCARS in Côte d’Ivoire to provide pro bono legal assistance to the community and represent them in national and regional forums.

Mises à jour

En october 2019 et mai 2020, les avocats des habitants de Similimi ont obtenu des ordonnances de compulsoire, qui obligeaient la société et le gouvernement de divulguer les pièces justificatif pour le renouvellement du permis d’opération de BMSA malgré les plaintes non résolues de la communauté. Les documents ainsi divulgués démontrent des lacunes procédurales importantes, et la communauté est en train de considérer ses options.

En août 2020, GRPIE a organisé une étude indépendante des impacts environnementaux des opérations de BMSA, qui a indiqué des niveaux dangereux des matières particulières et la pollution sonore.

Le 29 janvier 2021, les habitants de Similimi ont porté plainte devant la Cour de Justice de la CEDEAO contre la République de Côte d’Ivoire pour avoir facilité la pollution de leur environnement naturel, l’accaparement de leurs terres traditionalles, et la déstruction de leurs lieux de culte.

Le gouvernement ivoirien continue d’organiser des réunions avec les habitants de Similimi dans le but d’effectuer leur délocalisation éventuelle.

Updates

In October 2019 and May 2020, the lawyers for Similimi were granted “ordonnances de compulsoire” – orders from a court that require the company and the government to disclose the documents forming the basis for the renewal of BMSA’s operating permit despite the unresolved complaints of the community.
The documents provided reveal important procedural gaps, and the community is considering its options.

In August 2020, GRPIE commissioned an independent study into the environmental impacts of BMSA’s operations, which revealed dangerous levels of particulate matter and noise pollution.

On January 29, 2021, the residents of Similimi sued the Republic of Côte d’Ivoire in the ECOWAS Court of Justice for facilitating the pollution of their natural environment, the appropriation of their traditional lands, and the destruction of their sacred sites.

The Ivoirian government continues to organize meetings with the residents of Similimi, with the aim of eventually relocating them.

News

Côte d’Ivoire : les victimes d’accaparement de terre et de dommages environnementaux portent plainte contre l’Etat de Côte d’Ivoire devant la Cour de Justice de la CEDEAO / Victims of Land Grabbing and Environmental Damage File Suit against Côte d’Ivoire in the ECOWAS Court of Justice

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Simlimi et Abuja, 29 janvier 2021 – Frustrés par les années des pertes de leur terres, la destruction de leur environnement naturel, et les promesses de réinstallation insatisfaites, les habitants de la Communauté de Similimi dans le nord-est de la Côte d’Ivoire ont...

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